Philosophie Créative : Poopoopidoo
La philosophie de l’atelier Poopoopidoo dépasse le cadre de la lutherie traditionnelle pour toucher à l’harmonie profonde du vivant. Mon histoire avec la kalimba n’est pas née d’un plan de carrière, mais d’une nécessité absolue de survie psychologique et physique, au cœur de mon foyer.
La fêlure et la naissance d'un refuge sensoriel
En 2020, le monde s'est arrêté, et mon quotidien est devenu un huis clos d'une intensité extrême. Enfermée à la maison avec deux enfants très jeunes, dont l'un porteur de neuroatypie, j'avais l'impression de porter le monde sur mes épaules. Face au déni et à la souffrance de mon mari — traversant ses propres défis face au handicap —, je me suis retrouvée seule à tout gérer. C’est à ce moment précis que mon corps a dit stop : des soucis de santé sont apparus et des diagnostics sont tombés.
Au milieu de cette tempête, alors que la douleur physique chronique et l'épuisement mental menaçaient de me faire sombrer, j'ai découvert la kalimba. Ce petit piano à pouces a été ma bouée de sauvetage. Ses vibrations douces, résonnant directement avec les mains, les bras, puis le ventre, ont agi comme un régulateur d'anxiété et un point d'ancrage sur mon corps saturé de douleur. Mais il manquait toujours une profondeur, une « vie » à ces kalimbas. Ne trouvant pas sur le marché d'instruments adaptés à mes besoins, et face à des prix prohibitifs, j'ai décidé de devenir l'artisane de ma propre reconstruction.
Le pont avec Gepetto : l'obéissance absolue à la matière
Comme un écho à ma première vie de créatrice de vêtements et de bijouterie fantaisie, mon atelier s'est installé au cœur de ma maison — dans une ressemblance presque magique avec le Pinocchio de Guillermo del Toro, où un artisan brisé sculpte le bois pour recoudre son âme.
Gepetto n'impose rien à sa bûche : il entend le morceau de bois parler, rire et pleurer avant même d'y poser le ciseau. C'est exactement mon rapport à la matière. Quand je prends un morceau d'olivier ou de noyer, je ne cherche pas à le dompter : j'écoute sa résonance, je respecte ses nœuds, et je laisse l'instrument naître.
Mes kalimbas ne sont pas faites pour rester inertes sur une étagère. Elles quittent mon foyer pour entrer dans le vôtre comme une entité vibrante et visuelle, prête à s'éveiller sous vos mains.
Du timbre à la résine : la synesthésie et l'émerveillement des sens
Ayant toujours cherché à rendre mes objets « vivants », j'utilise mon passé dans la mode et la bijouterie pour sculpter le visuel de l'instrument. Les émotions, les images et les univers mentaux évoqués par le timbre unique du bois lors de l'accordage déclenchent un véritable phénomène de synesthésie créative : je peins et coule la résine, trouve la bonne image pour matérialiser cette personnalité sonore.
Ce travail graphique joue avec la lumière, les reflets, les textures et les profondeurs. La kalimba ou l'harpika ne sont plus de simples outils techniques froids : elles deviennent des œuvres d'art vibrantes que l’on prend plaisir à regarder, à toucher et à posséder. Ce plaisir des yeux offre un instant de déconnexion totale (un outil de « switch » cérébral), permettant à l'esprit de couper avec la réalité des douleurs ou de l'anxiété, de s'émerveiller visuellement, puis de glisser sereinement vers la vibration pure.
Une lutherie thérapeutique qui trouve sa place dans le milieu du soin
Parce que je sais exactement ce que l'on ressent quand on est en souffrance ou aidante, j'ai conçu mes instruments comme de véritables extensions du musicien, des amis et des soutiens au quotidien. Cette expertise vécue de l'intérieur fait qu'aujourd'hui, Poopoopidoo a dépassé le cadre des passionnés de musique pour entrer dans le milieu médical :
- Pour les profils neuroatypiques (autisme, TDAH, troubles DYS), l'instrument offre un ancrage sensoriel qui peut aider à réguler les moments de surcharge émotionnelle, grâce à la constance de ses vibrations.
- Mes kalimbas sont aujourd'hui utilisés par des équipes soignantes, dans des établissements hospitaliers et médico-sociaux, notamment dans le cadre d'ateliers de musicothérapie, ou encore en thérapie snoezelen. Les retours que je reçois évoquent un apaisement de l'anxiété, une manipulation en douceur qui sollicite la motricité fine sans forcer, un outil de médiation autour des grands prématurés, ou encore un moment de décompression pour des équipes soignantes elles-mêmes en tension.
Cette dimension thérapeutique n'est pas née d'un cahier des charges, mais de mon propre parcours de handicap, de maternité et de maladie chronique — un vécu qui a naturellement orienté mon travail vers des instruments pensés pour apaiser autant qu'ils font vibrer.
L'excellence technique : le choix des virtuoses et des collectionneurs
Au-delà de sa vocation thérapeutique, cette quête constante de la matière a propulsé l'atelier sur la scène internationale de la lutherie. Poopoopidoo propose aujourd'hui la gamme la plus étendue à l'international en termes de timbres, d'essences de bois précieuses et de tessitures. Avec des instruments repoussant les limites techniques (jusqu'aux modèles chromatiques 42 touches et pianimba), l'atelier attire les musiciens amateurs exigeants comme les artistes professionnels du monde entier. Ils y cherchent une dynamique sonore introuvable ailleurs, une grande clarté et une profondeur d'exception. Chaque pièce étant une œuvre d'art synesthésique unique, des passionnés en font de véritables objets de collection.
Un art engagé, solidaire et accessible
L'art et le soin ne doivent jamais être un luxe réservé à une élite. Quand on voit les prix parfois vertigineux des œuvres en résine ou des instruments de lutherie fine sur le marché, j'ai fait le choix éthique et volontaire de réduire mes marges au maximum. Mon souhait le plus cher est que chaque maman fatiguée, chaque personne malade ou non, chaque soignant ou chaque artiste, puisse s'offrir un compagnon unique, fait main à la maison, pour l'aider à traverser ses propres tempêtes quotidiennes ou sublimer sa musique, et renouer avec la capacité de s'émerveiller.